Fort de Souville date inconnue

Le fort de Souville
Kléber Dupuy et quinze spectres
Kléber Dupuy aussitôt dégagea les "gaines", installa aux bons endroits des postes de mitrailleurs et des groupes de grenadiers, évacua les blessés et les intoxiqués, autant que c'était possible.
A 9 heures le capitaine Decap, adjoint du colonel Borius, montait à Souville et approuvait les dispositions prises. Pendant ce temps, 380 et 420 pillonnaient sans interruption les ouvrages bétonnés. On tenait sous une tempête d'acier.
Decap apprit que, sur la droite de la 262e brigade, en avant du poste des Carrières, le bataillon Gheysen (du 14e RI) avait arrêté jusqu'à 5 heures du matin l'ennemi essayant de déboucher de la croupe que constituent le ravin de Chambitoux et le ravin des Fontaines. Tout ceux qui étaient disponibles aux Carrières : pionniers, sapeurs, ordonnances, cuisiniers étaient en ligne. Aucun renfort ne pouvait être escompté : pas une seconde, les pentes descendantes de Souville ne cessaient de subir le plus impitoyable pillonnage.
La liaison restée assurée entre le 7e et le 14e d'infanterie tout au long de la nuit du 11 au 12, grâce aux coureurs, qui allaient de Souville aux Carrières. Cependant, de la route de Fleury-Sainte-Fine au bois de Vaux-Chapitre, tout paraissait se désagréger. Ce qui demeurait du 7e était tronçonné. Des petits îlots d'hommes résistaient (dont Augustin Cabot et son escouade). Vers 3h30, à l'aube indécise, Dupuy vit surgir, à l'entrée des gaines du fort, l'aide-major Conte, un médecin. Ce dernier lui apprit que des Allemands, de l'importance d'un bataillon, se rassemblaient à Sainte-Fine. Le capitaine Popis, de son observatoire, avait observé ce mouvement et, pour avertir le fort, avait dépêché deux coureurs qui furent tués tous les deux ; "j'y vais", avait dit le docteur.
L'alerte donnée, les derniers hommes de la 3e compagnie s'établirent en tirailleurs sur la superstructure du fort. Le sous-lieutenant d'Orgemont fit relever le pont d'entrée. A 6 heures une reconnaissance se lança sous son commandement (avec le sergent Guisnier) vers la chapelle Ste-Fine et bientôt reflua. Elle savait : l'ennemi avançait en colonnes denses.
L'action se précipita. Les Allemands réussirent à prendre pied sur la superstructure. Dupuy et Guisnier ripostèrent à la grenade, au corps à corps parfois. Couchés dans les trous d'obus, des moribonds chargeaient les fusils des camarades.
Cependant, tandis que Dupuy et Guisnier parvenaient à déblayer la superstructure dans la batterie Est, deux sections de mitrailleuses balayaient les vagues d'assaut. A 9 heures il y eut un instant de répit. L'assaut avait été brisé. La superstructure était jonchée de cadavres. Des survivants allemands se dissimulaient dans les fossés.
Une affreuse méprise se produisit alors. Une nouvelle rafale d'artillerie s'abattit sur le fort. Des hommes furent tués. C'était l'artillerie française ! Du fort Saint-Michel, des observateurs avaient vu les Allemands monter à l'assaut de Souville couronner la superstructure, sans distinguer la suite. On en avait hâtivement conclu à la chute du fort.
A force d'énergie, d'ascendant, Dupuy, aidé cette fois du Lieutenant Roger, repris en main ses hommes que le sort avait découragés. L'artillerie prévenue allongea enfin son tir. La contre-attaque française pouvait partir.
Elle fut déclenchée par le 25e bataillon de chasseurs. Celui-ci attaqua sous les ordres du commandant Cabotte. Bien que le fort ne fût pas perdu, il avait reçu l'ordre de le reprendre. A 11 heures, l'action était terminée, le "nettoyage" de Souville réalisé. Des soixante hommes qui avaient suivi Kléber Dupuy, il en restait quinze, des spectres. A la 9e cie, il en restait 35 sur 200, dont Augustin.
A suivre...